

Parole impeccable... par Mani BURBAND
Un seul Tao Te Jing, un seul Livre de la Voie et de la Vertu, mais autant de traductions et d’interprétations qu’il y a de chercheurs de vérité…et au bout, sans doute une seule Vérité, mais comment l’approcher ?
TAO TE KING
Éditions Paul DERAIN-1961
Chapitre 71
Connaître le Non-Savoir est une élévation.
TAO TÖ KING. J-J-L- DUYVENDAK
Librairie d’Arménie et d’Orient-1981
Chapitre LXXI
Ne pas considérer savoir comme savoir est le comble
Considérer ne pas savoir comme savoir est détestable
En effet, c’est seulement en considérant ce qui est détestable comme étant détestable, qu’on ne souffre pas de ce qui est détestable
Le Saint ne souffre pas de ce qui est détestable, parce qu’il le considère comme détestable ; de là vient qu’il ne souffre pas de ce qui est détestable…
La soif de connaissance est un besoin inné, les efforts fournis par chacun de nous afin de connaître, comprendre, expliquer tout chose, soi-même y compris, répondent à une aspiration profonde.
Dès le premier âge, l’enfant explore, essaie, goûte, prend tous les risques pour comprendre comment fonctionne ce monde dans lequel il est venu au monde.
Ce faisant, il apprend également à se connaître, à connaître ses limites et ses talents.
S’il n’est pas découragé par les échecs ou par les chutes plus ou moins douloureuses, plus il avance dans la vie, plus l’homme accumule des connaissances, et plus s’ouvre devant lui l’immensité de ce qui lui reste à apprendre et à comprendre…

Plus on étudie, plus on voit que l’on ignore beaucoup de choses. Proverbe
(Sentences et proverbes de la sagesse chinoise-B DUCOURANT-Albin Michel-1990)
Puis l’homme se trouve un jour ou l’autre, selon sa nature profonde, devant un vrai choix :
S’arrêtant seulement sur l’étendue de ce qu’il sait, il s’en satisfait, voire parfois s’en enorgueillit, mais il lui reste tant de chemin à parcourir et il ne le voit pas…
Ou bien il prend conscience que ce qu’il ne sait n’est en réalité que peu de chose au regard de tout ce qui lui reste à savoir, il l’admet et continue à travailler…
Il peut également se trouver devant la nécessité impérieuse de faire semblant de savoir, et de (se) raconter des histoires pour se donner l’importance à laquelle il aspire mais qui n’est que leurre…
« Le sage et l’insensé sont faits de la même matière ». Han Iù.
Mais au fond, qu’est-ce qui importe ? Savoir et le dire ou ne pas le dire ? Ne pas savoir ? Savoir que l’on ne sait rien ou peu de chose ? Ne pas savoir qu’on sait beaucoup ?
Que tentent de nous apprendre les enseignements de sagesse ?
Il semblerait que les paroles des Sages nous invitent à privilégier l’attitude qui n’engendre pas de souffrance, ni pour soi, ni pour les autres.
Qu’est-ce qui pourrait causer de la souffrance dans cet exemple ?
N’est-ce pas le mensonge à soi-même et aux autres ?
Qu’est-ce qui pourrait soulager la souffrance ?
N’est-ce pas la clarté de vue, la lucidité, la sincérité ?
Nous pourrions faire un pas de côté, et tourner nos regards vers un pays dont les différentes traditions sont encore perpétuées tant bien que mal, malgré les tourmentes de l’Histoire et en particulier, malgré les actes de barbarie perpétrés lors des conquêtes coloniales des 3 derniers siècles.
Sur le continent américain, au Mexique vivent encore quelques représentants de l’ancienne tradition Toltèque. L’un d’entre eux s’appelle Don Miguel RUIZ.
Don Miguel a écrit « Les 4 accords Toltèques », un livre traduit en français en 1999 par Olivier CLERC, puis en plusieurs langues et connu depuis mondialement.
Les 4 accords toltèques, la voie de la liberté personnelle. Jouvence-Poche-2005
Ce livre est une invitation à modifier notre posture en prenant 4 engagements personnels, dans le but d’atteindre la paix intérieure et calmer nos souffrances profondes, celles de notre Cœur, celles de notre Âme.
Le chapitre 71 du Tao Te Jing pourrait être soutenu, sinon éclairé par le premier accord Toltèque :
« Que ta parole soit impeccable ! »
Une parole impeccable est celle qui est alignée sur une pensée et un acte en accord avec cette parole.
Dire ce que je pense vraiment, authentiquement, cela n’est possible que dans la mesure où je fais l’effort de savoir qui je suis, où j’en suis, où je porte mon regard et quels sont mes objectifs.
Une parole impeccable est indissociable de la reconnaissance de qui je suis vraiment, humblement mais surtout sincèrement.
« Qui reconnaît son ignorance n’est pas vraiment ignorant. Qui reconnaît son égarement n’est pas vraiment égaré ». Chuang Zi.