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La dépêche du CATC - ARTICLES ET FORMATIONS PROPOSEES

Dépêche / Novembre 2016

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Selon René Guénon N°8

Ghyslaine Le Moulec

Selon Guénon, art.8

Étapes de la subversion en occident... par Ghyslaine Le Moulec

 

Pour faire suite à  notre précédent article concernant les sociétés traditionnelles, nous allons essayer de retracer les événements qui ont fait que les civilisations traditionnelles se sont transformées en sociétés modernes.

Pour l’homme du Moyen âge, donc de l’occident traditionnel chrétien qui va de Charlemagne à Philippe Le Bel, la raison d'être de la vie est la perspective du salut de l’âme.

L’autorité spirituelle (la caste sacerdotale) prime sur la caste royale (pouvoir temporel) qui lui est soumise. Un exemple en est le fameux sacre de Clovis. Par contre, plus tard le sacre de Napoléon est un bel exemple de subversion : Il a lui-même posé la couronne sur sa tête, au lieu que cela soit fait par un représentant de l'église.

A un moment donné, s'est opérée une inversion de l’ordre normal des choses avec une domination du pouvoir temporel sur l’autorité spirituelle, inversion qui symboliquement, s'est concrétisée par la décapitation de Louis XVI, roi de France, à 38 ans.

Mais, tout avait cependant commencé à peu près cinq siècles avant avec la rébellion de Philippe Le Bel contre l’Ordre des Templiers.

Les Templiers étaient un ordre de moines soldats. De ce fait, ils faisaient le lien entre l’autorité spirituelle et le pouvoir temporel, sachant que la chevalerie à l’époque médiévale représentait le pouvoir temporel, et l’église, l’autorité spirituelle. Les templiers participaient des deux.

Philippe IV, était à la fois appelé Philippe Le Bel et le Roi de fer. Certains, comme son ennemi l'évêque Saisset, se méprenaient sur son caractère en affirmant : "Notre roi est comme le grand duc, le plus beau des oiseaux, mais qui ne vaut rien. Il ne sait que regarder fixement les gens sans parler." En fait, ce roi restait de marbre en toutes circonstances, il écoutait sans mot dire, puis il tranchait sans appel. Sous son règne, la petite monarchie capétienne devint une dynastie respectée dirigeant le royaume le plus riche et le plus peuplé d'Europe.

Néanmoins, à mesure que les années passaient, les besoins financiers de Philippe le Bel s'accroissaient. Il lui fallait ramasser plus d'argent (en grande partie pour financer des guerres) et se procurer des ressources nouvelles. Les emprunts ne parvenaient pas à combler le déficit qui se creusait entre dépenses et recettes. Il lui fallut donc avoir recours à des moyens plus expéditifs, la dévaluation de la monnaie par exemple. Philippe Le Bel en a profité au passage pour falsifier cette monnaie. Comme ce fut insuffisant, le souverain se tourna vers les Juifs et finalement vers les Templiers.

L'ordre du Temple est le plus prestigieux et le plus célèbre ordre de chevalerie du Moyen Âge. L'ordre tire son nom du temple de Salomon, à Jérusalem, où son siège était installé à ses débuts. Outre la protection des pèlerins, les Templiers étaient chargés de la protection des Lieux Saints en Palestine. Ils dépendaient entièrement du pape et bénéficiaient donc d'une indépendance totale vis-à-vis des rois.

Le Temple disposait d'une armée considérable dès le début du XIIIème siècle, bien plus importante que celle d'un roi de la chrétienté. Les Templiers firent preuve d'innombrables faits d'armes et d'énormes donations les ont rendus  extrêmement riches ; le Temple devint même gérant des biens de l'église et des rois d'Occident.

Philippe le Bel, en conflit avec la papauté et en quête de fonds, était frustré de voir ces chevaliers si riches et exempts d'impôts.

En 1307, le roi demande à Guillaume de Nogaret de procéder à l'arrestation des 140 templiers de Paris. Ceux-ci seront remis aux inquisiteurs dominicains, qui vont leur arracher des aveux sous la torture. On leur fait avouer des crimes dont ils sont innocents tels que la sodomie ou la profanation de la croix. Malgré le peu de crédibilité de ces aveux, le pape Clément V ordonne la suppression de l'ordre en 1312.

Les biens des templiers ont été transférés aux Hospitaliers et Philippe le Bel en a récupéré une part non négligeable.

Après sept ans d'emprisonnement et une parodie de procès, le Grand Maître Jacques de Molay et son associé Geoffroy de Charnais furent condamnés au bûcher. La légende veut qu'avant de succomber, Jacques de Molay lance une malédiction au pape et au roi, les invitant à le rejoindre dans la mort dans l'année. La malédiction allait s'avérer juste, Clément V meurt un mois plus tard, Philippe le Bel et Guillaume de Nogaret décéderont dans l'année.

Aparté : Le romancier Maurice Druon a magnifiquement relaté ces faits dans son œuvre "Les rois maudits", suite romanesque historique dans laquelle se trouvent tous les ingrédients qui font aujourd'hui le succès planétaire de la célèbre série "Game of thrones" (politique, guerre, sexe, magie). Un livre en 7 tomes écrit par George Martin est à l’origine de cette série, mais ce que beaucoup ignorent, c’est que George Martin est un fervent disciple de Maurice Druon.

Donc Philippe Le Bel a participé à la subversion de l'ordre des choses et le Kali-Yuga a commencé à s’appliquer en France dans toute sa dimension de falsification.

Selon René Guénon, l’origine de la modernité remonte aux alentours du VIème siècle avant J.C. (période gréco-latine de l’Antiquité classique), moment où la notion de transcendance commence à être remise en question.

La fin du Moyen âge correspond à la fin du XIVème siècle, et coïncide avec le début de la Renaissance, début effectif de l’esprit moderne. La Renaissance a voulu imiter l’Antiquité classique, elle a actualisé en quelque sorte la subversion déjà potentielle six siècles avant Jésus-Christ.

Concernant notre civilisation occidentale, la rupture avérée d'avec l’esprit traditionnel se situe au XIVème siècle et à partir de là, la Renaissance et le siècle des Lumières n’ont fait qu’alimenter ce qu’il est convenu d’appeler l’esprit « contre-traditionnel ».

 

 René Guénon